Réflexions post-voyage … Sexisme en terres d’Islam et préjugés occidentaux.

14 déc

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Je me risque à un sujet sensible aujourd’hui. Depuis mon retour du Sahara Occidental, de nombreuses questions m’habitent, et en ayant tenté de les faire partager à mes proches, je me suis confrontée à quelques préjugés, qui m’ont souvent laissée encore plus perplexe … Comme toujours, je préfère comprendre avant de trancher. Alors, pour alimenter mes réflexions personnelles, je me suis un peu documentée, j’ai lu quelques ouvrages dont je vous parlerai un peu plus tard.

Hasard de la vie ou signe du destin, avant de m’envoler pour Laâyoune, quelques jours avant mon départ, j’ai assisté (de loin, dans la rue), à un mariage maghrébin, en la ville de Sommières, dans le Gard, où se tenait un marché nocturne estival, comme je les aime ! Une ambiance chaleureuse émanait de cet événement, tout le monde paraissait heureux et cela m’avait touchée, de voir ces visages venus de l’autre bord de la Méditerranée, à quelques jours de faire moi-même la traversée. Et bien, il y a quelques semaines, peu de temps après mon retour, je décide de m’arrêter de manière impromptue à Sommières, dans cette même ville, et je me retrouve exactement dans la même situation, au milieu d’un mariage de la même nature … Étrange tout de même, d’autant plus que, vous l’aurez sûrement compris, mes réflexions portaient justement, depuis mon retour en France, sur les relations hommes-femmes au Maroc, et plus largement sur la condition de la femme dans les pays musulmans. Je tiens à le préciser, j’ai un profond respect pour l’islam, dans tout ce que cette religion peut avoir de lumineux et de spirituel, mais aussi un profond attrait pour les cultures orientales et maghrébines, dans toute leur richesse culturelle et historique, donc là n’est évidemment pas la question…

Non, ce qui me pousse  à écrire cet article, c’est le harcèlement sexiste dont j’ai été victime pendant deux mois dans le Sahara occidental. Je peux parler d’une expérience personnelle, ce qui fait toute la différence en comparaison avec de simples élucubrations émanant parfois de l’imaginaire occidental !

Voilà ce qu’il se passe à Laâyoune quand on est une femme, qui plus est occidentale : lorsque tu marches dans la rue, tu as l’impression d’avoir 50 paires d’yeux sur toi en permanence ; lorsque tu vas à l’école (ton travail), à pied, tu peux te faire suivre, lourdement, très lourdement ; lorsque tu marches dans la rue, tu te fais klaxonner, huer ; lorsque tu vas tranquillement te promener à la plage, tu te fais draguer très grossièrement, tu te fais même insulter de p*** (bah voyons!) ; lorsque tu t’assois en terrasse de café où il n’y a pour ainsi dire que des hommes, tu te sens très mal à l’aise ; lorsque tu sors le soir seule ou en compagnie de tes amies, tu es sûre d’avoir au moins 5 propositions de discussions et plus si affinités ; et le pompon du voyage, avec deux amies marocaines, on a fini par quasiment se faire agresser par deux hommes sortant de leur 4×4, en plein souk, qui ne nous lâchaient plus, paraissaient alcoolisés et violents. Nous nous sommes tirées d’affaire grâce à une vieille dame, justement respectée pour son âge, qui a tout de suite compris ce qu’il se passait et qui nous a protégées de cette « violence ». Ce ne sont que quelques exemples, infimes certainement par rapport à ce que vivent les femmes au quotidien dans certains endroits du monde, dont fait partie le Maroc et le Sahara occidental. Mais j’ai vécu cette « petite partie », et cela m’a beaucoup questionnée. En Egypte, j’avais été confrontée un peu à ce type de problèmes, surtout au Caire, mais cela m’a paru pire encore, à Laâyoune.

Ici, la vie est sans doute plus traditionnelle. Les codes culturels, et notamment vestimentaires, y participent. Par exemple, les femmes sahraouis portent ces beaux tissus, qui les recouvrent de la tête au pied, et qui les caractérisent si bien. Donc, quand on débarque à Laâyoune, en habits occidentaux, on ne passe pas inaperçues bien sûr. Cela vaut aussi pour les marocaines émancipées qui viennent des villes du Nord et qui ne correspondent pas aux mêmes codes. C’était le cas, ce soir-là, au souk, pour mes 2 amies marocaines. De très jolies jeunes filles bien apprêtées qui se font draguer et franchement « emmerder », à tout bout de champ. N***, l’une d’entre elles, me confie qu’elle évite de nombreux pans de la ville, pour ne pas être confrontée aux regards des hommes sur son chemin. Cette parole m’avait touchée droit au cœur … D’abord, je me suis dit « ok, donc tu n’es pas la seule à être dérangée, le problème ne vient pas de toi ! », ensuite, j’ai pensé à elle … » la pauvre, toutes ces années de peur, d’emprisonnement » … quelle entrave à la liberté des femmes ! Bien sûr, même en France, je ne suis pas toujours à l’aise en me promenant seule, cela m’arrive d’avoir peur, de baisser la tête face à un groupe d’hommes … Mais à un tel niveau d’embêtement, j’avoue n’y avoir jamais été confrontée auparavant.

Je ne veux surtout pas tomber dans les préjugés : on pourrait entendre des phrases du type « c’est pour cela que les femmes portent le foulard dans les pays musulmans », ou « les femmes sont soumises à cause de l’islam », etc. Pour simplifier le propos ! Mais les choses sont tellement plus complexes et les nuances multiples. 

D’abord, je ne rentrerai pas dans le débat du port du foulard, qui est un autre problème en soi. Je crois personnellement qu’il n’y a pas UNE manière de voir les choses mais autant de façons qu’il y a de personnes, de vies ! J’ai rencontré des femmes musulmanes très pieuses qui choisissaient de se couvrir, dans le respect de leurs croyances ; d’autres qui choisissaient de s’en émanciper, habillées à l’occidentale. Il y a aussi des femmes contraintes de le porter, c’est certain, sous la férule d’un père, d’un frère ou d’un mari ; mais il y en a aussi qui en font un outil de séduction, un véritable objet de féminité, de la même manière qu’elles porteraient un joli bijou  ; il y en a d’autres enfin qui le portent par simple convenance, par coutume culturelle, de la même manière que nous portons en France un jean ou une jupe. Ne rentrons pas trop vite dans les idées préconçues !  Personne n’est totalement libre, nous, françaises ne le sommes pas complètement non plus, pétries que nous sommes de nombreux schémas culturels et familiaux, et enfermées tout autant dans certains codes vestimentaires ou autres … Il n’y a qu’à lever la tête, en se promenant dans de nombreuses villes, pour apercevoir des panneaux publicitaires prônant une autre forme de sexisme … J’ai également cette image, tout à fait différente, qui m’est venue en réfléchissant à tout cela : une femme africaine habillée en vêtements traditionnels, type boubou et portant un beau foulard sur la tête (en tissu wax par exemple, devenu à la mode depuis quelques temps chez nous!), n’avons-nous pas un regard attendrissant sur elle ? Il en est de même pourtant vis-à-vis des femmes voilées musulmanes, il s’agit aussi, en partie du moins, de leurs traditions …

Quelques ouvrages et un film m’ont aidée à y voir un peu plus clair, que je ne peux que vous conseiller. Il y a d’abord les 2 livres de Leïla Slimani, une BD intitulée  » Paroles d’honneur », et le livre qui en est à la source « Sexe et mensonges. La vie sexuelle au Maroc ». Ces derniers traitent avec brio des relations hommes-femmes au Maroc et de tous les désagréments qui les concernent. L’auteur a rencontré de nombreuses femmes lui ayant confié leurs parcours de vie, sentimentaux et sexuels entre autres, desquels elle tire une réflexion très intéressante sur la société marocaine. Elle parle de cette ambivalence propre aux pays maghrébins et musulmans plus généralement, tiraillés entre traditions et modernité, un peu enfermés dans un « puritanisme » venant tout droit de la radicalisation de l’islam, prônant à tout prix la virginité des femmes jusqu’au mariage, et condamnant de nombreuses pratiques jugées déviantes (prostitution, homosexualité, avortement, sexualité hors mariage, célibat, etc.). Au-delà de ces observations, Leïla Slimani condamne surtout l’hypocrisie de la société marocaine, qu’on peut étendre à bien d’autres pays musulmans, où hommes et femmes se cachent pour avoir des relations sexuelles comme ils l’entendent (on ne peut imaginer les peurs et les insatisfactions que ces situations engendrent) ; où la frustration engendre des comportements violents, déviants et hors norme ; où la police corrompue profite des lois liberticides pour s’en mettre plein les poches ; où la pornographie est devenue monnaie courante, et propulse ces pays au rang des plus grands consommateurs du porno au monde … La liste serait longue encore ! Les pays d’Arabie Saoudite ne s’en cachent plus d’ailleurs, et les Saoudiens savent profiter des « réjouissances » que leur proposent d’autres pays, comme le Maroc. De nombreuses prostituées marocaines s’expatrient aujourd’hui en Arabie Saoudite, à la quête de richesses toujours plus grandes… C’est ce que montre, en partie le film « Much Loved » (à voir absolument, même s’il est dérangeant). Le réalisateur a reçu des menaces de mort après sa sortie en 2015, et le film a été interdit dans les salles marocaines, ce qui en dit long sur l’état d’esprit au sein de cette société pleine d’ambivalences. Car ce film représentait le réel, en pleine face, une réalité qui dérange mais qui est bien présente pourtant. Les gouvernements ferment les yeux face à ces problèmes, qui méritent pourtant d’être relégués à la sphère politique. Surtout que la société maghrébine évolue à grands pas ; le printemps arabe l’a prouvé. Un élan d’émancipation existe, chez les femmes comme chez les hommes, qui aspirent à de nouveaux schémas éducatifs, religieux et politiques. Dans son livre, Leïla Slimani cite une femme intellectuelle, Asma Lamrabet, médecin et théologienne, qui offre des perspectives très éclairantes sur la place de la femme dans l’Islam :  » Je suis à l’intérieur d’une institution religieuse, je touche au texte sacré, et je me dois de le faire de façon très délicate. Pour moi, l’essentiel, c’est de libérer la femme et de lui permettre de choisir ensuite. Car quand on parle de liberté sexuelle, on parle aussi de modèle. Quel modèle veut-on pour notre société ? Le seul modèle théorisé aujourd’hui, c’est un modèle « occidental » (même si je déteste ce mot qui manque de nuance) qui promeut la libération des mœurs et peut choquer ici. Moi, j’essaie d’être dans une pensée décoloniale. Je me méfie des hégémonies ou des modèles qu’on se contenterait de calquer. Je crois qu’on a quelque chose à construire, à inventer … Je lutte contre une certaine interprétation du Coran qui conduit, dans notre société structurellement patriarcale, à opprimer les femmes. Car, contrairement à ce qu’on entend trop souvent, le message spirituel de l’islam est émancipateur. L’avortement par exemple : selon les traditions prophétiques, il existe une permissivité autorisant une femme à avorter jusqu’à la fin des deux mois des grossesse. De la même manière, l’interdiction de la mixité n’est qu’une interprétation sélective et machiste du Coran : dans l’histoire, les mosquées, lieux de savoirs et de débats, ont parfois été mixtes. Les femmes n’étaient pas exclues du sacré. Nos ancêtres avaient réussi à conjuguer leur foi avec leurs besoins charnels. Il faut recréer un modèle positif de sexualité adapté à notre époque. On a perdu le naturel, une certaine liberté de parole, au profit d’un puritanisme étranger à notre culture … Pour l’islam, la femme est d’abord un être humain libre, doué de sens, d’intelligence et de raison … Je regrette également que l’intimité, la compassion, la tendresse, des concepts très présents dans l’islam, soient marginalisées, au profit d’un rigorisme froid et sans âme… Le wahhabisme est une idéologie sans culture. Au Maroc, nous avons la chance d’avoir un islam culturel. Le machisme y est certes présent, mais réformable. En réalité, quand on présente aux jeunes un islam ouvert et libérateur, c’est pour beaucoup un soulagement. »

Je n’en dirai pas beaucoup plus. Je trouve que dans ce passage, qui m’a personnellement parlé avec force, « tout est dit ». On peut difficilement avoir des avis catégoriques sur toutes ces questions, qui appartiennent à des cultures dont nous sommes éloignés de surcroît.

Mais il convient de se poser au moins les bonnes questions, pour tracer un sillon sur notre passage, et y déposer quelques graines fertiles, ici ou là, qui seront peut-être, au moment opportun, la source d’une émancipation pour toutes et tous … 

Elsa***

 

 

Une réponse à “Réflexions post-voyage … Sexisme en terres d’Islam et préjugés occidentaux.”

  1. froppier 17 décembre 2018 à 16 h 31 min #

    Sexisme en terres catholiques

    Le sexisme existe depuis la nuit des temps.J’ai bien dit nuit ,mot qui renvoie à l’obscur voire obscurantisme.Toutes les minorités ont souffert à un moment donné mais ceux qui se croient supérieurs en fait sont dans l’ignorance et la peur de l’autre.Au lieu de s’enrichir de la différence,de se confronter positivement à l’altérité certains par peur de perdre leurs privilèges de quelque nature que ce soit se protègent en agressant,en dominant pour anéantir . Les femmes n’ont pas échappé à cette règle et sous toutes les religions ! Le sexisme dans les pays méditerranéens est encore bien prégnant. Au fond des campagnes les choses n’ont pas évolué tant que cela et il n’est pas Si loin le temps où les hommes avaient droit de vie et de mort sur femmes et enfants (19e s.)
    Ce dimanche 16 decembre 2018 sur le journal une enquête dit que 41%de gens préfèrent se passer de sexualité que de leur smartphone !ça questionne sur l’évolution des relations futures entre les hommes et les femmes.
    Pour finir je dirais que le plus important restera le RESPECT !!!

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